Article magazine Larsen

December 25, 2015

Shadows...

 

dans la matière vive des sons

 

 

 

Ce premier disque sous notre nom, raconte Antoine Maisonhaute, nous le devions comme une évidence à Yann Robin, Raphaël Cendo et Franck Bedrossian. Le Quatuor Tana n’existait professionnellement que depuis un an lorsque nous avons rencontré Yann et Raphaël à Aix-en-Provence en 2011. Dans les académies du festival, chaque quatuor à cordes doit défendre des classiques et travailler avec des compositeurs contemporains en résidence. 2011 était leur année. Nous avons découvert, à travers leur écriture aussi précise que débordante, un langage étonnant qu’il nous a fallu patiemment apprivoiser.

 

Nous étions hyper motivés, curieux et avides de nous confronter à un univers aussi ouvert à l’inventivité des instrumentistes. De leur côté, ils étaient ravis de notre enthousiasme. Nous formions presque un quintette avec chacun d’entre eux ! Après Aix, dès septembre 2011, nous avons décidé de rationaliser et répertorier les moyens techniques d’interprétation de cette musique. En poussant notre pratique classique au-delà de ses frontières, nous avons entrepris un travail d’approfondissement des techniques sonores du quatuor, forgeant ainsi notre identité. 

 

En comptant Franck Bedrossian, ces trois compositeurs à l’origine des idées saturationnistes, formalisées pendant leurs études au conservatoire, ont fortement influencé notre démarche musicale. Ils nous accompagnent et nous soutiennent depuis lors.

 

Antoine et Jeanne Maisonhaute, Ivan Lebrun et Maxime Desert, quatre personnalités bien trempées, avides de découvertes sonores, voyagent à travers les siècles, sans distinction de style ni de genre. Shadows allie la poésie à la vitalité. Nous avons choisi ce titre, poursuit Antoine Maisonhaute, pour la multiplicité d’ombres harmoniques qui vibrent derrière une seule note au timbre clair. C’est la manière dont on fait rayonner une note dans l’instrument qui provoque le phénomène de saturation. On n’entend pas la fondamentale mais ses projections : les musiciens exécutent un nombre incalculable de notes à une vitesse folle, quasiment en apnée. A ce rythme, outre que l’oreille sature, il semble que vingt instrumentistes sont en train de jouer. Il faut être sportif pour jouer les partitions de Yann Robin, Raphaël Cendo et Franck Bedrossian. Quel défoulement ! Et… quelle exigence surtout ! Nous avons énormément travaillé avec ces trois compositeurs, dans une réciprocité vraiment enrichissante. 

 

Comment obtenir un son pur et plein ? Il suffit de maintenir la vitesse et la pression de l’archet à un point de contact donné. Saturer un son (en démultiplier les projections harmoniques) n’est que l’exacerbation des techniques classiques ainsi poussées à l’extrême. La précision est capitale dans les univers riche de nuances de ces trois compositeurs.

 

Le langage de Tracé d’ombres (2005-2007) est d’une finesse presque classique, dans la continuité de la tradition du quatuor à cordes. Franck Bedrossian développe des solos riches en couleurs, accompagnés d’une multiplicité de timbres et de gestes doux, aux nuances très basses, comme s’il tendait un élastique et ne le relâchait que les vingt dernières mesures explosives de sa pièce.

 

L’écriture de Raphaël Cendo lui ressemble trait pour trait : à fleur de peau, complètement folle et extrêmement raffinée. À l’interprète d’isoler, dans cette matière débordante, ce qui doit être entendu. In vivo (2008-2011) est une pièce stupéfiante qui suspend un mouvement central d’une lenteur absolue entre deux déchaînements infernaux ! Pour Substance (2013), nous avons conçu l’archet guero,  creusé d’entailles qui, en raclant nos instruments, donnent des sons inouïs. C’est une pièce vertigineuse ! 

 

La virtuosité de Yann Robin dans Crescent Scratches (2010-2011) est d’une clarté impressionnante : il combine exclusivement trois matériaux sonores qui lui sont propres en une suite de petites fugues qui se répondent très rapidement. Net, direct, pragmatique, il privilégie la structure et la limpidité avec sensibilité.

 

Nous aimons jouer ce qui nous déroute. La saturation qui transgresse les limites traditionnelles de l’interprétation peut en sublimer la performance. Il suffit de s’ouvrir à la découverte, avec rigueur et sans tabou.

 

Propos recueillis par Isabelle Françaix

Décembre 2015

 

 

 

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